Fabrication de savon procédé à froid

Fabriquer soi-même son savon, c’est un peu comme faire la cuisine, avec une pincée de chimie en plus ! En outre, il est extrêmement amusant et gratifiant d’utiliser sur sa peau des produits que l’on a soi-même créés.

 

Quiconque prépare son propre savon confirmera que ce n’est pas une activité à faire sans une bonne dose de précautions. Faire du savon, artisanalement, (le terme technique est « procédé à froid ») requiert de la soude (ou hydroxyde de sodium). Ce produit est extrêmement corrosif et peut causer la cécité si la solution est projetée dans les yeux.


Le savon est fabriqué à la main depuis des siècles. Traditionnellement, le savon était fait à partir de restes de cuisine et de cendres de bois. Les matières grasses utilisées étaient généralement de provenance animale. Comme les quantités et les ingrédients variaient, les savons étaient souvent « cuits » ou bien recevaient un « traitement à chaud ». De nos jours, la plupart des savons sont conçus à base d’huiles végétales comme, par exemple, des huiles de palme, de noix de coco et d’olive. Le guide qui suit explique comment fabriquer des savons à partir d’huiles végétales en utilisant le procédé à froid.


Avis de non-responsabilité

Ce guide explique comment faire du savon mais nous présumons que vous avez déjà pratiqué la technique auparavant et que vous êtes familiers avec les risques et les précautions à prendre lorsque vous manipulez et utilisez l’hydroxyde de soude. Nous supposons que vous agirez avec prudence et bon sens et ne pouvons en aucun cas être tenus responsables des dommages ou dégâts résultant des informations contenues dans ce guide. Cette recommandation peut paraître évidente, toutefois il est important d’insister sur le fait que l’hydroxyde de sodium (soude) est extrêmement caustique et peut causer la mort, si absorbé, la cécité permanente, si projeté dans les yeux et de sévères lésions et brûlures sur la peau. Veuillez lire avec soin les précautions d’emploi afin de manipuler la soude sans risque. Cela dit, on prépare le savon sans danger depuis des siècles et l’on peut laisser libre cours à sa créativité en autant que l’on soit prudent.


Précautions d’usage

Quiconque fait du savon vous recommandera de suivre ces conseils, mais tout le monde ne le fait pas. C’est donc à vous de juger des risques et de vous faire votre propre opinion.

  • Portez toujours des lunettes de sécurité (des lunettes pour corriger la vue ne constituent pas une protection suffisante). La soude pourrait entrer en contact avec vos yeux et causer la cécité permanente.
  • Portez toujours des gants et des vêtements à manches longues. Protégez la peau au maximum et laissez aussi peu d’espaces dénudés que possible. Les brûlures chimiques produites par les substances caustiques (comme la soude) sont des brûlures dites « lentes » c’est-à-dire que le temps que vous ressentiez la douleur, les dégâts sont déjà faits. Ces brûlures ont tendance à démanger ou à irriter, contrairement aux brûlures classiques qui suscitent une réaction immédiate
  • Mélangez toujours l’hydroxyde de sodium DANS DE l’EAU et JAMAIS l’inverse, sinon vous provoquerez une réaction chimique volcanique.
  • Mélangez toujours la solution de soude DANS l’HUILE. Le contraire provoque des grumeaux de soude caustique dans le savon (causant des brûlures lorsqu’on l’utilise).
  • Mélangez toujours la solution de soude dans un espace sécuritaire et aéré car des vapeurs se produisent lorsque l’hydroxyde de sodium est mélangé à l’eau. L'inhalation de ces émanations peut avoir un effet négative sur les poumons. Un espace sécuritaire peut être un évier (idéal en cas de débordement) mais ne possède pas forcément la ventilation nécessaire. Une cuvette ou un bassin près d’une fenêtre ou sous la hotte d’aération de la cuisinière est idéal. Si vous vous trouvez près d’une fenêtre, vérifiez de quel côté souffle le vent et placez-vous hors de la brise.
  • Déplacez-vous toujours avec prudence lorsque vous transportez votre solution de soude, surtout si vous la préparez loin de votre lieu de travail. Vérifiez que le sol est dégagé afin de ne pas trébucher au pire moment. * Ne laissez pas votre solution sans surveillance et sans étiquetage. Je connais un cas où le mari d’une artisane débutante a bu de la solution de soude en pensant que c’était de l’eau. Il a subi des lésions majeures à l’œsophage ainsi qu'à l’estomac et a dû être hospitalisé d’urgence.
  • Soyez très prudent lorsque vous mesurez les cristaux d'hydroxyde de sodium et veillez à bien nettoyer le moindre dégât ou coulure immédiatement. Le vinaigre peut aider à neutraliser les dégâts et les brûlures rapidement. Les cristaux d’hydroxyde de sodium peuvent brûler s’ils entrent en contact avec la peau car ils réagissent à son humidité naturelle.
  • Faites appel à votre bon sens et amusez-vous !

Chimie de base du savon

Avant d'entrer dans les détails de la chimie du savon, sachez qu’il y a une grande différence entre le savon fabriqué artisanalement et celui produit industriellement à grande échelle. Quiconque a utilisé du savon artisanal peut en témoigner, mais il y a également une différence dans la manière dont ils sont faits.

Voici le concept de base : huile + soude = savon. Plus précisément, disons que la solution de soude est une mixture composée d’hydroxyde de sodium (ou hydroxyde de potassium pour les savons liquides) et d’eau. L’huile est acidique et la solution de soude est basique (alcaline). L’huile, l’hydroxyde de sodium et l’eau créent une réaction chimique, laquelle produit le « savon », la glycérine et l’eau. C’est la glycérine que l’on trouve dans le savon artisanal fini (environ 25%) qui le différencie du savon industriel. Le savon pur (vous souvenez-vous de la campagne de publicité d’Ivory et son savon pur à 99,44%?) est desséchant et « rêche ». La glycérine est apaisante mais diminue la dureté du savon. C’est également une substance humectante, ce qui signifie qu’elle a la propriété d’attirer l’humidité de l’air sur la peau et donc de préserver l’hydratation, même après la douche.


Passons à la chimie : les alkalis communément utilisés dans la fabrication du savon sont l’hydroxyde de sodium (NaOH) pour le savon en barre, aussi appelé soude caustique, et l’hydroxyde de potassium (KOH) pour le savon liquide, aussi appelé potasse caustique. Dans ce guide, nous utilisons uniquement de l’hydroxyde de sodium. (NaOH). Le procédé de fabrication de savon que je vais couvrir est la saponification, plus spécifiquement la saponification à froid. Le terme « froid » n'est pas tout à fait juste puisque l’huile doit être chauffée à une température bien spécifique pour enclencher le processus de saponification. De plus, une certaine forme de chaleur (réaction exothermique) se dégage lors de la réaction chimique qui se produit lorsqu’on mélange l’huile et la solution de soude. Le terme fabrication à froid réfère au fait qu’aucune autre source de chaleur n’est ajoutée lors du processus de saponification, contrairement à la fabrication à chaud.


La saponification nécessite de mélanger des graisses et des huiles chaudes puis de les faire réagir avec une solution alcaline afin de produire du savon et de l’eau (savon pur) et de la glycérine. Il faut utiliser une quantité exacte et très précise d’hydroxyde de sodium pour chaque type d’huile. Cette quantité est connue sous le terme de valeur de saponification.
 

Un calculateur de soude est recommandé afin de mesurer la quantité nécessaire pour saponifier correctement les huiles que vous avez choisies. (Voir les recettes plus loin pour des quantités déjà calculées). Lorsque l’on suit une recette, il est d’usage de « surgraisser » le savon, ou de compter une « réduction de soude », ce qui laissera des corps gras insaponifiés dans le produit fini.


Cet excès de corps gras contribue à adoucir le savon. Cela permet également de s’assurer que l’hydroxyde de sodium est correctement saponifié et qu’il n’en reste pas dans le produit fini. Un « surgraissage » (ou une réduction de soude) de 5% est la norme, et ne doit jamais dépasser 9%. Moins de 5% peut causer un excès de soude dans le cas d’une erreur de calcul et plus de 9% peut rendre le savon trop mou et ayant tendance à rancir si inutilisé pendant un an ou plus.


NOTE : Lorsque la saponification est faite correctement, il ne reste aucune trace de soude ou d’hydroxyde de sodium dans la barre de savon. Le processus de saponification transforme la solution de soude et les huiles en savon et glycérine avec un pH approximatif de 8.5 à 10 une fois la cure finie (de 4 à 6 semaines, selon les artisans que vous consultez). Le chapitre du dépannage vous donnera des exemples de ratages de savon et des solutions pour les récupérer.


À faire et à ne pas faire

  • Utilisez uniquement des récipients en acier inoxydable ou émaillé. La soude peut ronger l’émail ébréché ou n’importe quel autre métal, peut trouer les récipients et causer des résidus de métal dans votre savon ! Des ustensiles en plastique dur et des cuillères en bois sont ce qu’il y a de mieux.
  • Pesez soigneusement tous vos ingrédients. Il est possible d’utiliser des mesures en volume, mais les résultats ne sont pas garantis. Votre savon pourrait être surchargé en soude ou en huile, surtout dans le cas de petites quantités (moins de 2 kilos de savon, soit environ 15 barres) car la marge d’erreur est vraiment très mince.
  • Résistez à la tentation d’utiliser votre savon le jour même de la coupe ! Laissez votre savon reposer en cure pendant au moins 4 à 6 semaines car la saponification continue pendant cette période. Votre savon pourrait vous brûler ou vous irriter s’il est utilisé avant la fin de la cure. Certaines personnes recommandent même d’attendre un minimum de 6 semaines afin que la cure soit complètement achevée.
  • Ne réutilisez pas les cuillères de bois, ni aucun instrument poreux pour la cuisine.
  • N’utilisez pas de récipients ou de bols en plastique pour mesurer vos huiles essentielles si vous souhaitez les réutiliser ensuite pour la cuisine. Cela prend beaucoup de temps pour faire partir l’odeur (si vous y arrivez). * Réservez votre équipement à la fabrication de savon si vous souhaitez en faire régulièrement.

Équipement nécessaire

  • Moule à savon 
  • Bol à mélanger suffisamment grand pour contenir la totalité des ingrédients de la recette (en plastique dur ou en acier inoxydable et résistant à la chaleur)
  • Bol en métal pour mélanger les huiles si vous utilisez un bol en plastique pour le mélange.
  • Cuillère à mélanger
  • Tasses à mesurer en plastique ou en métal
  • Balance à peser à incrément de 1 gramme (hautement recommandée si vos ingrédients ne sont pas pré-pesés)
  • Spatule en caoutchouc ou silicone
  • Bol mesureur résistant à la chaleur pour la solution de soude (un récipient ou une tasse à mesurer en pyrex fonctionne très bien)
  • Thermomètre de cuisson en verre ou acier inoxydable avec variation minimum de 100ºF-150ºF ou 35ºC-60ºC
  • Malaxeur plongeant
  • Lunettes de sécurité
  • Gants en nitrile (non pas en caoutchouc)
  • Cuisinière ou plaque chauffante

Pour en savoir plus, assistez à un atelier avec nous!